Le colonel Chabert se situe à mi-chemin entre la longue nouvelle et le court roman.
Composé en 1832, sous le titre de La Transaction, le texte connu plusieurs versions et correction comme Balzac en avait l'habitude.
Finalement, il s'insère dans La Comédie humaine dans les "scènes de la vie privée" juste après Le père Goriot.
Le récit raconte l'histoire d'un officier de l'armée napoléonienne, supposé mort à la bataille d'Eylau mais qui en réalité s'est retrouvé nu dans un charnier, avec une blessure à la tête (évocation qui rappelle le romantisme noir!) et s'en est réchappé.
Privé d'identité, après une longue errance, le colonel Chabert - ou celui qui se prétend être le colonel Chabert - retrouve la France de la Restauration et se rend dans l'étude de Derville afin de récupérer son identité et sa femme, remariée depuis lors et devenue comtesse de Ferraud.
Je ne saurais que trop vous recommandé le livre de Aude Déruelle, dans la collection Foliothèque ( numéro 143) qui est une étude pertinente du texte de Balzac. A coté d'un essai sur le colonel Chabert, vous y trouverez un dossier sur l'oeuvre.
Pour vous mettre l'eau à la bouche, je vais juste évoqué deux points de l'étude.
Tout d'abord, le texte de Balzac propose une version dégradée de l'épopée. Par le registre familier de la langue, d'une part.
Chabert sort de la fosse en s'aidant d'un bras d'un cadavre démembré. Il devient donc un être à trois bras. Il est "une caricature inversée de Cerbère". Chabert tente de sortir
de l'enfer au lieu d'en gagner la porte.
D'autre part, un des clerc de l'étude lance une boulette de papier à la tête de Chabert lorsqu'il se rend à l'étude. La boulette fait contrepoint au boulet de la grande bataille. De plus,
la boulette féminise le boulet et marque la victoire de la femme sur le colonel, à savoir la comtesse de Ferraud.
On peut aussi voir dans le colonel Chabert un intertexte avec L'Odyssée ,et la figure d'Ulysse.
Chabert veut rentrer chez lui. Il semble un vieillard aux yeux de ceux qui l'ont connu. Dans l'oeuvre d'Homère, Ulysse est reconnu par sa nourrice et hebergé chez un porcher. Ici, Chabert est logé chez Vergniaud qui produit du lait pour Paris.
Voila quelques arguments tirés de l'étude fascinante de A. Déruelle. Je vous en recommande la lecture.
Je suis un grand admirateur de Balzac et j'aurais l'occasion de présenter d'autres parties de la Comédie humaine.
Bonne lecture et à bientôt pour une autre chronique!
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